14 partages Tunisie -Leila Chettaoui: «Le Qatar n'a toujours pas abandonné ses projets terroristes»

Quel rapport entre l'interdiction infligée, la veille de Noël, par Abu Dhabi, aux Tunisiennes de s'embarquer vers les Emirats pour des «raisons de sécurité», et la présence de la députée tunisienne Leila Chettaoui un symposium intitulé «Le Qatar: patron de l'anarchie et des crises au Moyen-Orient», organisé Bahreïn? Le fait que les pays du Golfe (Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Bahreïn), qui ont rompu toutes relations diplomatiques avec le Qatar, veulent dorénavant impliquer l'Afrique du Nord dans leur combat. Abu Dhabi a tenté de faire pression pendant quelques jours sur Tunis (les vols de la compagnie Emirates, suspendus le27décembre, ont repris le4janvier) pour que le pouvoir tunisien chasse du gouvernement les islamistes d'Ennahda, soutenus par le Qatar.

6000Tunisiens partis faire le djihad

Ce n'est donc pas un hasard si Leila Chettaoui a été invitée Manama, la capitale de Bahreïn. C'est l'une des femmes que le parti Nidaa Tounes avait mis en avant pour gagner les élections législatives de 2014. Elue députée, elle a milité pour la création d'une commission parlementaire destinée enquêter sur les6000 jeunes Tunisiens partis se battre en Syrie et en Libye. Hostile l'alliance avec les Frères musulmans d'Ennahda, elle a rejoint depuis le mouvement Machrou Tounes. Leila Chettaoui, l'un des rares femmes invitées ce symposium Bahreïn, a violemment dénoncé les Frères musulmans «qui reviennent en puissance en Afrique du Nord», montrant du doigt les liens entre ces mêmes Frères musulmans, avec «le terrorisme, Al-Qaïda, l'Etat islamique et le Qatar». En clair, selon elle, la Tunisie doit rejoindre l'embargo lancé en juin2017par l'Arabie saoudite, les Emirats et Bahreïn contre Doha.

 ©  Ian Hamel
De face, Adbulla Bin Ahmed Al Khalifa, parent du roi de Bahreïn, l'offensive pour convaincre l'Afrique du Nord de rejoindre le camp de l'Arabie saoudite, des Emirats arabes unis et de Bahreïn. © Ian Hamel

«Un Etat pire qu'Israël»

Ces trois pays entendent également que Tunis modifie sa politique libyenne, qui la pousse, pour protéger ses frontières, composer avec les islamistes de la Tripolitaine (ouest du pays), soutenus par le Qatar. Le docteur Ageli Abdulslam Breni, président d'un Haut Conseil des tribus et des villes libyennes et ancien ministre de l'Economie et des Finances, s'était déj exprimé en septembre2017dans Le Point Afrique. Il avait rencontré le président Alpha Condé, président en exercice de l'Union africaine, et le président du Congo Denis Sassou Nguesso. Il incluait l'UA comme acteur pour tenter de résoudre la crise libyenne. À Manama, Ageli Abdulslam Breni a surtout mis en cause le Qatar, qu'il accuse d'être venu «personnellement, avec la Turquie pour détruire la Libye». L'ancien ministre, qui affirme aujourd'hui vivre en Egypte, déclare que «le Qatar finance le terrorisme. La Libye est devenue un pays de peur, de famine, de corruption. Le Qatar a démoli la Libye. C'est un Etat pire qu'Israël».

«Le Qatar a tenté de déstabiliser l'Egypte»

Le docteur Ageli Adlulslam Breni n'est pas sans savoir que ce genre de déclarations offre un tonnerre d'applaudissements dans une assemblée composée essentiellement de représentants du Golfe. L'ambassadeur égyptien Mohamed El Orabi, ancien ministre des Affaires étrangères, également invité par le Bahrein Center for Strategic International and Energy Studies ne s'est pas montré plus modéré vis--vis de Doha. «Le Qatar a tenté de déstabiliser l'Egypte, mais il n'a pas réussi. Ce pays, en soutenant le terrorisme, menace la stabilité du monde arabe. Je n'arrive pas comprendre pourquoi l'Occident ne nous écoute pas quand nous portons des accusations fondées contre Doha», s'étonne l'ancien ambassadeur en Allemagne de2001 2008. Dans ce concert de récriminations contre ce petit Etat gazier, ajoutons la voix de Mohamed A.Qubaty, ancien ministre de l'Information du Yémen. Il accuse le Qatar de «travailler avec les houthis [une minorité chiite en conflit avec le pouvoir central] et avec les terroristes». Il ajoute détenir les preuves que le Qatar a payé «50 millions de dollars pour la libération d'une otage suissesse détenue par Al-Qaïda».

Rallier les pays musulmans d'Afrique

Très clairement, l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et Bahreïn demandent maintenant leurs voisins de se «mouiller» et de rompre définitivement leurs relations avec le Qatar. Si le choix est politique, il est aussi économique. La détérioration des conditions de vie des plus modestes en Tunisie, et les manifestations qui enfièvrent les quartiers populaires le montrent. Lorsque Ennahda était au pouvoir, de2011 2014, Doha avait prêté 1,5 milliard de dollars Tunis. Les adversaires du Qatar sont-ils prêts se montrer aussi généreux? Abdulla Bin Ahmed Al Khalifa, président du Bahrein Centre for Strategic, international and Energies Studies, et parent du roi de Bahreïn, a confié au Point Afrique que ce symposium n'était que la première opération pour tenter de rallier leur cause le reste du mode arabe. Cette manifestation devait donc être suivie de plusieurs autres. L'Afrique du Nord puis les autres pays musulmans d'Afrique y seront-ils sensibles?

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