14 partages Google, Facebook et Twitter dans la tourmente de «l'enquête russe»

Google mène une enquête sur des utilisateurs lui ayant versé «plusieurs dizaines de milliers de dollars» pour sponsoriser des contenus susceptibles d'influencer l'opinion américaine en 2016. Ces contenus se trouvaient sur des plateformes comme Gmail, YouTube, Google Search ainsi que sur l'ensemble du réseau de Double Click. Le service, racheté par Google en 2012, gère les publicités qui s'affichent sur des millions de sites Internet grâce à des procédés très largement informatisés. Une telle automatisation permet à Google de gérer des milliards de transactions chaque année et explique pour partie que l'entreprise remarque si tardivement les agissements suspicieux. Mais l'entreprise a surtout dû mettre le nez dans ses comptes pour les besoins d'une plus vaste enquête sur les possibles interférences russes dans la campagne présidentielle de 2016.

Plusieurs entreprises du Web, comme Facebook, Twitter, Reddit et Youtube (qui appartient également à Google) sont sous pression des autorités américaines autour de l'épineuse «question russe». En janvier dernier, un rapport de l'US Intelligence Community a explicitement accusé la Russie d'avoir payé des «trolls» sur les réseaux sociaux pour influencer l'opinion américaine. Alors que le FBI enquêtait déjà sur la cyberattaque qui a visé un collaborateur d'Hillary Clinton et a bouleversé sa campagne, le Congrès a également décidé d'évaluer les liens avec la Russie dans l'achat de publicités politiques. La commission de la Chambre des représentants sur le renseignement,relativement équilibrée entre pro Clinton et proTrump, a été chargée de cet épineux travail d'investigation.

En vertu de la loi fédérale et des règles de la Commission électorale fédérale, il est interdit aux ressortissants étrangers et aux gouvernements étrangers de dépenser de l'argent pour influencer une élection fédérale, étatique ou locale aux Etats-Unis. Les citoyens étrangers, les gouvernements étrangers, les partis politiques étrangers, les sociétés étrangères, les associations étrangères qui dérogent à cette règle encourent des sanctions civiles, ainsi que des poursuites pénales, s'ils ont sciemment enfreint la loi américaine. Il est toutefois peu probable que l'enquête du Congrès aboutisse à un procès contre la Russie, d'autant que le Kremlin a régulièrement démenti son implication.

Les entreprises du Web ont tout fait pour se tenir éloignées le plus longtemps de ces conflits évoquant la guerre froide. Au lendemain de l'élection de Donald Trump, alors que plusieurs observateurs pointaient du doigt le rôle des «fake news» diffusées en masse sur Facebook durant la campagne, Mark Zuckerberg qualifiait de «complètement folle» l'idée que Facebook ait pu influencer l'opinion. Dès le mois d'avril, les équipes de sécurité de Facebook reconnaissaient à demi-mot que leur réseau social avait bien été utilisé pour des campagnes de désinformation. Elles ont tâché d'être plus vigilantes en supprimant des milliers de faux comptes et en nouant des partenariats avec les médias. Mais alors qu'une enquête du Time rapportait que des Russes avaient acheté de la publicité en masse sur Facebook, l'entreprise a continué de démentir. Alors que les médias ont demandé à plusieurs reprises des données sur les propagateurs de fausses informations, l'entreprise a refusé de les communiquer, revendiquant notamment des raisons de sécurité et de confidentialité.

Facebook a fini par livrer plus d'informations sur ce sujet polémique le 6 septembre dernier . Mark Zuckerberg a lui-même présenté ses excuses pour avoir sous-estimé le rôle de Facebook dans la propagation de fausses informations. Selon Alex Stamos, chef de la sécurité de l'entreprise. 470 comptes et pages potentiellement faux ont acheté 3300 pubs pour un montant d'environ 100.000 dollars afin d'influencer l'opinion. D'après les estimations de Facebook, une telle somme a permis à 10 millions de comptes d'être exposés à de la propagande, même s'il reste difficile d'évaluer précisément leur diffusion et surtout leur impact. Les sujets choisis étaient typiquement ceux qui divisent l'opinion américaine, comme la place des minorités sexuelles ou celles des Afro-Américains dans la société, l'immigration... Les personnes qui ont mis en scène ces informations et payé pour qu'elles soient plus visibles ont utilisé les outils de ciblage de Facebook afin de toucher en priorité les vétérans, les habitants de zones de tension et les pauvres, explique le New York Times.

Plusieurs indices portent Facebook à croire que les faux comptes sont liés à une même compagnie, l'Internet Research Agency basée à St Petersbourg. Cette entreprise employait en 2013 près de 600 personnes en Russie. Selon les informations du New Tork Times, cette «ferme à trolls» a notamment tenté en 2014 de diffuser des fausses informations sur des fuites chimiques liées à l'ouragan Katrina afin de «semer la peur et le chaos». Cet organe serait lié à Vladimir Poutine et au renseignement russe, selon le rapport de l'US Intelligence Community. De son côté, Twitter a relevé que 274. 100 dollars avaient été dépensés par RussiaToday, un média d'Etat financé en majorité par la Russie, pour diffuser ses contenus durant la période des élections américaines. Le réseau social a également fermé 201 comptes liés à l'Internet Research Agency, selon les données qu'il a croisées avec celles de Facebook.

Google reste très prudent quant à l'identité des acheteurs de contenus de propagande et affirme toujours mener une enquête à ce sujet. Il a réussi à remonter jusqu'aux comptes d'acheteurs suspicieux en croisant leurs informations avec celles de Twitter. Google échange également avec Facebook pour tenter de quadriller les acheteurs de fausses publicités. Les acheteurs de pub sur Google ne seraient pas les mêmes acheteurs que ceux de Facebook. Un fait qui révèle, selon le Washington Post, l'étendue d'une manipulation d'information massive, coordonnée entre différents acteurs d'un même Etat. Facebook enquête également sur 2200 publicités supplémentaires, achetées pour un montant de 50.000 dollars et provenant d'autres annonceurs «douteux», c'est-à-dire ayant une adresse IP américaine mais utilisant des devises russes ou la langue russe pour procéder à des achats de publicités.

Facebook, Twitter et Google seront tous trois auditionnés publiquement au Congrès le 1er novembre prochain.

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