Ethiopie: Abiy Ahmed face au «défi ethnique»

Lepoint - Il y'a 2 semaines  -  Voir source de l'article

Sur les six premiers mois de l'année2018, aucun pays au monde n'a connu plus de nouveaux déplacés internes que l'Ethiopie. D'après les Nations unies, ils sont désormais près de 2,8 millions sur le territoire, alors qu'ils n'étaient que 1,6 million en début d'année. Plus des deux tiers ont fui en raison des conflits intercommunautaires qui secouent le pays.

Conflits récurrents

Malgré les discours d'unité du Premier ministre Abiy Ahmed, au pouvoir depuis le2avril 2018, les attaques sont récurrentes et touchent tout le territoire éthiopien. En trois mois, des dizaines de personnes ont été tuées dans la région du Benishangul Gumuz dans l'ouest du pays. À la mi-septembre, un autre conflit frappait la ville de Burayu, banlieue d'Addis-Abeba, située dans la région d'Oromia. Les autorités ont communiqué un bilan d'une vingtaine de morts, mais Amnesty International en a recensé 58. À chaque fois, des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers de personnes quittent leur domicile et vivent dans des bâtiments publics ou des abris de fortune. À l'échelle de ce pays de plus de100millions d'habitants - le deuxième plus peuplé d'Afrique -, ces violences prennent des proportions énormes et inquiétantes. Preuve en est dans le Sud-Ouest où, entre mars et août,200personnes sont décédées et où plus de 818000 autres ont fui après des heurts entre les peuples Gedeo et Guji la frontière entre la région d'Oromia et celle des Nations, nationalités et peuples du Sud (SNNPR en anglais). À l'est, des affrontements récurrents entre Oromos et Somalis ont également fait des centaines de morts et près de 857000 déplacés, selon la Commission nationale de gestion des risques de catastrophe.

Déplacements de populations

«L'impact des tensions intercommunautaires représente un défi pour le nouveau dirigeant. La violence localisée continue d'entraîner un déplacement de grande ampleur, des victimes civiles, ainsi que des dégâts de biens et d'infrastructures, déplorait le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (Ocha) le8octobre. Bien que la situation requière une solution politique long terme, en attendant, une aide urgente de premiers secours doit être maintenue et un retour durable des déplacés facilité si les conditions le permettent.»Evaluer le nombre de déplacés et leur apporter l'aide nécessaire reste compliqué. Si certains vivent dans des camps, connus des organisations humanitaires, d'autres trouvent refuge dans des communautés et sont parfois difficilement identifiables. Par ailleurs, le gouvernement éthiopien s'est engagé «reloger» les personnes déplacées, mais le paysn'a pas ratifié la convention de Kampala, entrée en vigueur en 2012, qui protège contre le déplacement arbitraire.

Aide humanitaire restreinte

«Pour inciter les personnes rentrer, le gouvernement a commencé restreindre l'aide humanitaire dans des lieux de déplacement et dire aux déplacés qu'ils ne recevraient une assistance que s'ils rentraient chez...