A Madagascar et

Slateafrique - Il y'a 2 semaines  -  Voir source de l'article

C'est une sorte de fougère verte aux faux airs de cannabis. Ses promoteurs la vantent comme le premier traitement efficace contre le coronavirus. Ses détracteurs la ravalent au rang d'une potion magique au mieux inutile, au pire dangereuse.

L'artemisia, c'est son nom scientifique, nourrit l'espoir et la controverse depuis que le président de Madagascar Andry Rajoelina l'a présentée comme une panacée africaine susceptible de stopper, bien avant les futurs vaccins occidentaux, la pandémie meurtrière de Covid-19.

Persuadé comme il l'a dit de pouvoir "changer l'histoire", le chef de l'Etat malgache a largement distribué son breuvage base d'artemisia, sa population puis sur le continent.

La Guinée Equatoriale, le Niger, la Tanzanie ou les Comores, par exemple, ont accepté avec enthousiasme quelques cartons de cette tisane, baptisée Covid-Organics, pour l'administrer aussitôt leurs malades infectés par le virus.

Signe du vif intérêt suscité par ce potentiel remède "local", le président bissau-guinéen Umaro Sissoco Embalo s'est lui-même déplacé l'aéroport pour réceptionner les précieux colis.

Dans une Afrique très attachée sa médecine traditionnelle, l'artemisia, originaire de Chine, a désormais le vent en poupe.

Et d'abord Madagascar, où la potion, 30 centimes d'euro la bouteille de 33 centilitres, se vend comme des petits pains."Les tisanes font partie de la panoplie des médecines traditionnelles et de notre culture", explique l'ex-ministre de l'Education Paul Rabary, un convaincu.

Le succès fut tout aussi immédiat au Sénégal.

"Dès le début de l'épidémie, la demande d'artemisia a fortement augmenté", commente l'ingénieur agronome belge Pierre Van Damme, qui en vend sous le label "Le Lion vert". "Mais depuis les annonces du président malgache, c'est de la folie...".

En quelques semaines, le jeune patron a vu ses ventes multipliées par 15 - il en écoule jusqu' 2.000 sachets par jour - et a embauché 8 salariés pour tenir la cadence.

- Pénuries -

Sans surprise, les prix flambent. "La vente au détail se fait raison de 2.500 francs CFA (environ 3,7 euros) les 50 grammes contre 1.500 auparavant", se frotte les mains Ibrahima Diop, un producteur de la région de Dakar.

Et le tableau est le même dans d'autres pays du continent. "J'ai beaucoup de clients qui veulent m'en acheter mais je n'en n'ai plus", s'enthousiasme Haoua Wardougou, apothicaire d'un quartier populaire de la capitale tchadienne, N'Djamena, "je suis débordée".

Pourtant, la tisane malgache est loin de faire l'unanimité.

Car si les vertus thérapeutiques de l'artemisia ont été reconnues dans les multithérapies contre le paludisme, aucune étude clinique n'a encore confirmé l'efficacité curative ni même préventive du remède malgache contre le coronavirus.

Ces dernières semaines, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) comme le Centre africain de...