Burkina Faso: Intelligence africaine de la foi - Le christianisme des opprimés

Par P. Jean-Paul Sagadou

Comme le maître et l'esclave ne pouvaient pas communier au même Evangile, ils ne pouvaient pas partager le même christianisme. Plus exactement : entre le christianisme des propriétaires d'esclaves et le christianisme proprement dit, la différence était radicale. Celui qui a le mieux exprimé cela s'appelle Frederick Douglass, ancien esclave et abolitionniste.

Dans ses Mémoires, il écrit : « Entre le christianisme de ce pays et le christianisme du Christ, je reconnais qu'il y a une différence considérable - si grande que, pour reconnaître l'un comme bon, pur et saint, il est obligatoire de rejeter l'autre comme mauvais, corrompu et pervers. Etre l'ami de l'un est obligatoirement être l'ennemi de l'autre. J'aime le christianisme pur, pacifique et impartial du Christ : donc je hais le christianisme corrompu, partial et hypocrite des propriétaires d'esclaves qui fouettent les femmes et pillent les berceaux de ce pays » (Cf. Mémoires d'un esclave américain, Paris, 1980). C'est le lieu ici de laisser émerger une des questions les plus importantes du rapport des esclaves au christianisme : Comment, en dépit de toutes les falsifications de l'Evangile blanc, les esclaves ont pu adhérer de plus en plus massivement la foi chrétienne ? Comment expliquer leur « conversion » au christianisme ? Il semble que la première raison est liée la volonté des Blancs, qu'ils soient missionnaires ou/et...