Libye: Le pays pointe des milices du Soudan et du Tchad dans la lutte interne

Par Houda Ibrahim

Sur la liste des mandats d'arrêt émis par le procureur de Tripoli, ce 3 janvier, figurent en plus de 6 Libyens, 22 Tchadiens et 9 Soudanais. Ils sont accusés de participer des offensives armées qui ont visé les champs pétroliers ainsi que la base militaire de Tamanhent dans le Sud libyen.

Ils sont aussi accusés de participer aux guerres fratricides qui déchirent le pays, de menacer la sécurité nationale et de déstabiliser la Libye. Selon les chefs d'accusation, ils sont également impliqués dans des violences et des enlèvements contre rançons. Cette liste manque pourtant de précision et ne fait surtout pas la différence entre les chefs vivant en Libye et ceux qui sont ailleurs. Elle paraît confuse et incomplète.

Sur les 37 noms cités par les mandats d'arrêt, certains sont ceux de personnalités ne se trouvant pas ou plus sur le sol libyen. Certaines se trouvent même emprisonnées l'étranger.

Exemple : la tête de l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD), un mouvement de rébellion tchadien parmi d'autres basé en Libye, Mahamat Nouri vit Paris depuis des années. Tout comme Kingabé Ougouzeïmi de Tapol, vice-président d'un autre mouvement de rébellion, cité dans la liste et qui affirme lui, n'avoir jamais foulé le sol libyen.

Si Timan Erdimi, autre responsable d'une rébellion tchadienne basée également dans le sud de la Libye était autrefois dans le pays, c'est Doha qu'il se trouve désormais la plupart du temps.

Par ailleurs, trois responsables du Conseil de commandement militaire pour le salut de la République (CCMSR) basé surtout Sebha dans le sud de la Libye ont été arrêtés au Niger en novembre 2017 puis transférés Ndjamena, au Tchad, où ils sont emprisonnés.

Le plus étonnant sur cette liste est le fait que le Libyen Masoud Jeddi soit cité en tant que Tchadien. Ce chef militaire faisait partie des forces sécuritaires du colonel Kadhafi avant de rejoindre la révolte contre le régime libyen en 2011 et d'intégrer le sud. Il est accusé par les autorités d'avoir organisé le mercenariat avec la rébellion tchadienne et soudanaise. Selon plusieurs témoins, il se serait livré différentes sortes de trafics. En 2018, il a rejoint les forces suppléantes de Khalifa Haftar dans le sud, sous la direction de Mohamad Ben Nayel. Un changement de positionnement considéré par certains habitants de Sebha, comme « une vitrine destinée protéger ses activités illégales » selon eux.

Autre Libyen désigné comme Tchadien, Hassan Moussa Kelly, un Toubou impliqué dans l'attaque qui a visé le croissant pétrolier en mars 2016, attaque qui a été dirigée par Ibrahim al-Jadran. Ce dernier est un chef de milice libyen. Il a mis la main pendant des années sur le croissant pétrolier au centre de la Libye. Hassan Moussa Kelly est également accusé d'avoir participé d'autres attaques visant des bases militaires dans le sud de la Libye.

Implication soudanaise dans les affaires libyennes

Quant aux Soudanais qui figurent sur la liste, ils sont tous des responsables de la rébellion au Darfour. Parmi eux, Moussa Hilal est le plus connu. Chef de la tribu Janjawid, il est en prison Khartoum depuis 2017. Après avoir roulé pendant des années pour Omar el-Béchir, il a retourné sa veste, a créé sa propre milice et a profité des commerces de l'or au Darfour.

De son côté, Menni Menawi, un des chefs du mouvement de libération du Soudan est accusé, lui, d'avoir fourni de mercenaires soudanais pour combattre dans les rangs des forces du maréchal Khalifa Haftar. Quant Abdelkarim Chouli, il est aussi accusé de fournir des mercenaires soudanais au maréchal.

En août 2017, une source au sein du palais présidentiel soudanais a annoncé l'arrestation d'un groupe dépendant de Moussa Helal au Darfour. Selon les autorités Khartoum, Moussa Helal préparait l'envoi de 1 000 combattants en Libye pour intégrer les rangs de Khalifa Haftar l'homme fort de l'est de la Libye. Ce maréchal avait reconnu lui-même en 2016 avoir eu recours des mercenaires soudanais au sein de son armée, l'Armée nationale libyenne (ANL).

Dans un rapport présenté en janvier 2018, le groupe des experts onusiens du Darfour avait mentionné l'existence de mercenaires tchadiens et soudanais du Darfour en Libye. Avoir un salaire est le but ultime de ces mercenaires qui viennent de régions pauvres et marginalisées. Quant aux Libyens, cela constitue pour eux un moyen d'échapper aux paiements de rançons tribales.

Les mercenaires tchadiens et soudanais sont pratiquement au service de tous les partis libyens l'est comme l'ouest et dans le sud.

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