Ile Maurice: Raoul Gufflet - «Sortir de la crise demande une forte convergence d'intérêts entre les opérateurs privés»

Le directeur adjoint de la MCB revient sur la crise Covid-19 et les attentes que suscite l'exercice budgétaire national du 4 juin, ainsi que sur le dossier MMC Healthcare.

La MCB a fait des provisions importantes au premier trimestre. Cependant, quelle est la part de provisions spécifiques des dossiers particuliers et quelle est la part de provisions générales dans le sillage du Covid-19 ?

En effet, pour le troisième trimestre de notre année financière, qui se termine le 30 juin, le Groupe MCB a enregistré une baisse notable de son bénéfice après impôts. Le résultat du trimestre clos le 31 mars a montré des profits de Rs 799 millions contre Rs 2 430 millions pour le même trimestre l'année dernière. Cette baisse de profitabilité est due un montant de provisions pour le seul trimestre de Rs 1 943 millions alors que nous n'avions provisionné que Rs 874 millions lors de la publication de nos comptes semestriels arrêtés le 31 décembre 2019.

Les provisions spécifiques pour ce troisième trimestre se sont montées Rs 404 millions, alors que les expected credit losses (ECL) additionnels sur le portefeuille d'actifs performants se chiffrent Rs 1 539 millions. Cette hausse substantielle de l'ECL - en application des nouvelles normes comptables internationales plus connues sous l'acronyme IFRS9 - reflète l'augmentation inhérente des risques de crédit et notre évaluation future de l'impact de la pandémie du Covid-19 sur nos opérations. Ce que nous pouvons appeler, plus communément, une «provision générale» reflète les hypothèses que nous avons formulées sur l'impact de la crise économique induite par la crise du Covid-19 sur nos encours de prêts.

Permettez-moi cependant de rappeler que notre bénéfice d'exploitation, arrêté au 31 mars, avant provisions, a tout de même augmenté, sur la même période, de 11,7 % par rapport l'année dernière, pour atteindre Rs 10 milliards. Cette performance opérationnelle, induite par une solide croissance des revenus nets d'intérêts et commissions, démontre la solidité et le bien fondé de notre modèle stratégique. Nous nous attendons même une augmentation du bénéfice d'exploitation, toujours avant provisions, lors du dernier trimestre de cette année financière, même si celui-ci se fera un rythme plus lent.

Il ne faut cependant pas le nier, de nombreuses incertitudes subsistent quant la profondeur, la durée, et l'impact de la crise sur la grande majorité des secteurs de notre économie, ainsi que sur les plans de relance qui seront adoptés par les autorités et que nous sommes impatients de découvrir lors de la présentation du Budget de la Nation le 4 juin. Pourquoi ? Tout simplement parce que cette sortie de crise ne pourra se faire de façon efficace sans forte convergence d'intérêts entre les opérateurs privés, le gouvernement, et les institutions financières qui participent au financement de notre économie.

L'impact sur les provisions dans le résultat des prochains trimestres ne pourra donc être évalué qu' la lumière de l'évolution de cette crise. L'assouplissement graduel du confinement devrait permettre la reprise de certaines activités commerciales de manière progressive, bien que certains secteurs mettront plus de temps rebondir, surtout ceux ayant une plus forte dépendance l'international.

Vous avez emprunté 800 millions de dollars il y a peu. Il semblerait que la grosse partie de ces ressources aient été déployées dans des «trade deals» sur le gaz et le pétrole. Pouvez-vous nous donner des détails et nous dire si la chute dramatique des cours de pétrole augmente les risques de déboucler ces transactions positivement ?

L'année 2019 a effectivement marqué notre retour sur le marché des prêts internationaux avec une première émission - largement sursouscrite - d'USD 800 millions. Cette solution de financement communément utilisée par les banques actives l'international, est la plus adaptée afin de soutenir nos ambitions régionales tirées principalement par la croissance soutenue du segment Energy and Commodities ("E&C"). Plus des deux tiers du portefeuille E&C ont trait des opérations de financement court-terme du commerce régional, dont une partie non négligeable est représentée par des engagements hors bilan. La croissance de cette ligne métier s'est faite très progressivement et prudemment au cours des dix dernières années, encadrée par une maîtrise rigoureuse des risques spécifiques cette activité.

Nous n'avons, ce jour, aucune raison de penser que la chute des cours des hydrocarbures se traduira par une détérioration de la qualité de ce portefeuille. Notre politique de risque proscrit effectivement toute position spéculative et toutes les transactions financées, sans exception, sont protégées des risques liés la fluctuation des prix des matières premières. Une partie plus modeste des financements E&C a été octroyée des producteurs indépendants de pétrole travers des facilités structurées de moyen et long termes. À l'instar du segment transactionnel court terme, les expositions ont été sélectionnées avec attention, pour se concentrer sur des sociétés bas coûts de production et la majeure partie de nos clients producteurs a souscrit des instruments de couverture du risque de prix qui les protègeront tout au long de 2020 et 2021, leur permettant ainsi de traverser confortablement la crise actuelle.

CM Structured Finance, filiale de MCB Capital, s'est retrouvée coincée aussi dans le dossier de NMC Healthcare. Certains émettent la thèse que les 30 millions de dollars de dette privée placée par MCB Capital Media, sur base d'informations au 15 août 2019, n'auraient jamais dû être recommandée aux clients puisque Bloomberg avait, dès le 25 juin 2019, publié un rapport qui laissait des doutes sur NMC Healthcare. Est-ce vrai et avez-vous des commentaires ?

Permettez-moi de rappeler que MCB...