«Le plus grand frein de l'investissement au Mali n'est pas l'insécurité, mais la corruption»

Lepoint - Le 2018-06-18  -  Voir source de l'article

Rien du nabab chez lui, sinon peut-être la rutilante villa qu'il s'est fait construire sur les rives du fleuve Niger et dont la rumeur Bamako dit qu'elle allie colonnes romaines et arts africains. «Mon seul luxe», dit-il. À61ans, Mamadou Sinsy Coulibaly est un tycoon discret. Voix basse qui oblige tendre l'oreille et faire silence. Son rythme lent et précis donne un tempo aussi paisible que le fleuve qu'il aime traverser la nage tous les dimanches. Régularité têtue de métronome, comme son emploi du temps, réglé au cordeau, avec ses cinq heures de sport quotidien et son effervescence créatrice. Patron très libéral du groupe Kledu, il préside aux destinées d'une myriade de sociétés, de la plus modeste jusqu'au mastodonte du BTP ou de la communication. Casquette éternellement visée sur la tête, polo entièrement boutonné, regard droit, Mamadou Sinsy Coulibaly ne paie pas de mine. Pourtant, il ne s'en laisse pas compter. Homme parmi les plus riches et influents du Mali, il est du genre pouvoir se faire entendre au sommet de l'Etat; et si cela ne suffit pas, se faire écouter par les instances internationales, tels le FMI et la Banque mondiale, ces ombres tutélaires de l'économie malienne. Il réussit ainsi le tour de force d'être la fois craint et respecté. Acteur discret donc, mais bien réel prendre en compte dans la perspective de l'élection présidentielle malienne prévue le29juillet prochain, scrutin pour lequel le président sortant, Ibrahim Boubacar Keïta, a d'ores et déj présenté sa candidature. Mamadou Sinsy Coulibaly nous reçoit dans la vaste salle de réunion du Conseil national du patronat malien (CNPM). Entretien.

Le Point Afrique: Comment jugez-vous le climat des affaires au Mali? Vous semble-t-il avoir été assaini par le mandat du président Ibrahim Boubacar Keïta?

Mamadou Sinsy Coulibaly: La compétition, la compétitivité, tout cela le secteur privé au Mali les pratique et les connaît. Mais pas le secteur public. Il devrait y avoir de bonnes lois qui attireraient les investisseurs étrangers ou encourageraient les investisseurs maliens. Or les lourdeurs administratives les...