Maroc: Aomar Ibourk - Des relocalisations pointent l'horizon

Le coronavirus a produit une expérience étonnante en matière d'adaptation des entreprises et de leur environnement au télétravail

L'économiste, senior fellow au Policy Center for the New South (PCNS) et professeur de méthodes quantitatives et d'économie sociale l'Université Cadi Ayyad de Marrakech, Aomar Ibourk, a accordé un entretien la MAP sur les scénarii de reprise économique durant la période post-coronavirus. En voici la teneur:

Tout d'abord, comment évaluez-vous la réaction du Maroc face la crise sanitaire du coronavirus ?

La réaction du Maroc face cette crise inédite peut faire l'objet d'évaluation sur plus d'un niveau. Sur le plan sanitaire, cette réaction a été claire. La santé des citoyens est la première des priorités. Les mesures de confinement constituaient alors le moyen par excellence pour protéger les citoyens et les mettre l'écart d'un virus qui reste jusqu' aujourd'hui mystérieux et entouré d'incertitudes.

Il a fallu alors mettre en place des mesures de soutien la production et aux entreprises en difficulté, ainsi que les ressources nécessaires la réussite du confinement. Je cite la suspension de la mobilité depuis et vers le Maroc, la création d'un Fonds spécial dédié la gestion de la pandémie du coronavirus, l'amélioration des infrastructures hospitalières, la sécurisation des revenus des travailleurs, le report de certains engagements des entreprises, la communication active, etc.

C'est au niveau de l'identification des cas et des réflexions sur le déconfinement des territoires que le Maroc a un effort fournir. Une stratégie de confinement est plus efficace lorsque les tests se font grande échelle et c'est ce que le Royaume souhaite faire.

Une approche territoriale permettrait, au lieu de geler l'activité sur tout le Royaume, une sortie graduelle via la libération de l'activité dans certaines provinces ou régions qui se conforment des indicateurs tels que l'absence de cas confirmés sur une période de temps.

Cette crise a engendré un arrêt de l'activité de plusieurs secteurs, infligeant de lourdes pertes en termes de revenus et d'emplois. Quelles sont les mesures les plus urgentes qui devraient être prises pour atténuer cet impact ?

Il faut souligner que l'impact de cette crise sur l'activité est une variable latente dans le sens où cet impact est tributaire, entre autres, de la durée du choc qui demeure incertaine.

Hormis la durée du choc, il y aurait des mutations dans les modes de production. Des mutations qu'on observe et qui persisteraient, affectant les technologies de production et d'une série de dérivés (rendement, productivité, intensité en input, etc). C'est ce que nous enseigne la tradition des crises précédentes concernant les pratiques des entreprises.

Il y aurait également des reconfigurations de la division internationale du travail. La crise du coronavirus est en train de redéfinir ce qui est essentiel et stratégique.

Des relocalisations pointent l'horizon. Il n'est pas clair si elles se feront au profit d'une proximité régionale ou d'une proximité plus concentrée. Il n'est pas clair, non plus, si la reconfiguration de la division internationale du travail bénéficierait certains secteurs ou non. Ce qui est sûr, c'est que son impact sur les secteurs ne sera pas...