Médias ? Egypte: pourquoi l'interview d'al-Sissi a embarrassé le pouvoir

Lepoint - Il y'a 2 semaines  -  Voir source de l'article

«‡a n'est pas tous les jours qu'un dirigeant du Moyen-Orient se voit qualifier de dictateur en face face.» Ce tweet du quotidien israélien Ha'aretz résume bien la teneur de l'interview qu'Abdel Fattah al-Sissi a accordé la chaîne CBS News. Transpirant, semblant étranglé par son col de chemise trop serré, le président égyptien a dû répondre aux questions qui fâchent. Le gouvernement a pourtant bien essayé de déprogrammer l'entretien, prévu pour être diffusé dans l'émission 60 minutes. Peu de temps après son enregistrement, l'équipe de production a en effet été contactée par l'ambassadeur égyptien aux Etats-Unis. Ce qu'il demande: l'annulation pure et simple de la diffusion de l'interview.

Qu' cela ne tienne, le coup de téléphone n'impressionne pas les membres du show. L'entretien est diffusé, comme prévu, le soir du6janvier. Et on comprend alors pourquoi les autorités égyptiennes se sont montrées fébriles l'idée de sa programmation. Car les sujets évoqués ne sont pas des plus indolents. Au programme: coopération avec Israël dans le Sinaï, prisonniers politiques et massacre de Rabaa. Dans la presse égyptienne, au lendemain de l'entretien, on parle d'ailleurs plus volontiers de l'inauguration de la plus grande église du Moyen-Orient, de son message detolérance et de paix entre les Egyptiens que des propos du chef de l'Etat, qui a préféré nier la plupart des informations avancées par le journaliste en face de lui.


Massacre de Rabaa

Quand il lui demande si c'est bien lui, ces trois jours d'août 2013, qui a coordonné la répression contre des partisans des Frères musulmans Rabaa Al Adawiya, Abdel Fattah al-Sissi répond: «Laissez-moi vous poser une question. Suivez-vous de près ce qu'il se passe en Egypte? Où avez-vous eu cette information? Il y avait des milliers de gens armés, en sit-in depuis plus de40jours. Nous avons tenté tous les moyens pacifiques possibles pour les disperser.»

En citant un rapport de Human Rights Watch, son interlocuteur tente d'aller plus loinsur ce massacre qui s'est soldé par la mort de800personnes «"en utilisant des véhicules blindés de transport de troupes, des bulldozers, des forces terrestres et des tireurs d'élite, des policiers et du personnel de l'armée ont attaqué le campement de protestation et tué des centaines de personnes par des balles dans la tête, le cou et la poitrine"». «Il y avait des policiers et ils essayaient d'ouvrir...