Numérique: l'Afrique est-elle encore mal partie?

Lepoint - Il y'a 2 semaines  -  Voir source de l'article

Avec l'ouverture des grandes routes maritimes partir du XVe siècle, plusieurs grands empires et royaumes africains, jadis prospères, périclitèrent, faute d'accès la mer. Ce fut le cas des empires du Mali, du Songhaï, du Monomotapa, et également du Kanem-Bornou et du Kongo. Six siècles plus tard, leurs résidus que sont respectivement le Mali, le Niger, le Zimbabwe, le Tchad et la République démocratique du Congo (RDC) demeurent des pays enclavés et parmi les plus pauvres du continent africain malgré des richesses notables en matières premières. Aujourd'hui, les orientations politiques de certains Etats africains dans le domaine du numérique augurent de la même destinée. Coupure d'Internet, renchérissement du coût des communications, inaction sur les données massives… Alors que les technologies numériques sont la portée de tous, nombreux sont les Etats africains qui, prisonniers d'une vision purement statique, érigent eux-mêmes des barrières l'entrée du monde numérique, dont pourtant tout un chacun salue l'impact sur l'avenir de tous. Sans un changement radical de paradigme, ils risquent d'être la traîne pour les décennies et ainsi rater les formidables opportunités de progrès socio-économiques qu'offre le numérique.

Retour sur une exclusion programmée

Loin des statistiques exhibées pour vanter la diffusion rapide du numérique en Afrique, la réalité est que, en dehors de l'Afrique du Sud et des pays d'Afrique du Nord, quatre Africains sur cinq n'ont pas accès Internet. Si la faible littératie numérique, le déficit d'accès l'énergie et aux contenus locaux sont des facteurs explicatifs, c'est sans doute le coût d'Internet, ou plus exactement le rapport qualité-prix, qui est le plus déterminant. En dépit des ambitions déclarées dans les plans stratégiques de développement du numérique, très peu de gouvernements attaquent sérieusement la question de l'accessibilité et de la qualité de service, le prix moyen du gigaoctet étant de 8% du revenu mensuel contre moins de 2% en Asie du Sud-Est avec des réseaux de meilleure qualité. Au contraire, on assiste partout une surtaxation du numérique, rebours de toute logique économique qui voudrait que ce secteur qui irrigue l'ensemble de l'économie soit plutôt moins taxé. Au Sénégal, par exemple, l'impôt sur les sociétés est de 35% dans le secteur des télécoms, contre 30% dans les autres secteurs. Au Tchad, il y a plus d'une dizaine de taxes qui frappent le secteur des télécoms.

Pour les quelques privilégiés qui ont accès Internet, la coupure des réseaux de télécommunications est devenue la norme, comme en témoignent les cas les plus récents en RDC et en Ethiopie, l'encontre de la liberté d'expression et de la participation citoyenne la vie démocratique. Quant aux données massives générées par l'usage du...