Soudan: la diaspora galvanisée par la révolte contre Omar el-Béchir

Lepoint - Il y'a 2 semaines  -  Voir source de l'article

Depuis vingt-neuf ans qu'Omar el-Béchir est au pouvoir, on n'avait jamais vu ça. «Ce n'est pas une marche, mais une révolution», déclare Mouatassem Darmirga, jeune activiste du Darfour, les yeux sur son téléphone. Sur Facebook, il vient de créer une page contestataire et participe une dizaine d'autres groupes virtuels pour «le futur du Soudan» ou encore «les jeunes libres». Depuis cinq ans qu'il vit réfugié au Caire, c'est la première fois qu'il ose critiquer son dirigeant de75ans sans utiliser de pseudonyme. Le mouvement semble tellement massif, «agrégeant toutes les classes sociales», que Mouatassem ne craint plus de rêver tout haut d'«un changement radicals'attaquant aux racines du mal: le régime et la corruption».

Les rassemblements, qui ont d'abord surgi dans les campagnes le19décembre dernier, se sont très vite étendus aux villes, jusqu' Khartoum, la capitale, au centre du pays. À la pointe de la contestation d'abord économique, on trouve l'Association soudanaise des professions, une coalition très large de syndicats des classes moyennes. Aux côtés du slogan «Liberté, paix et justice», la foule crie d'une seule voix «Dégage, Béchir!».

Sentiment d'unité nationale

«On voit des villages et des gens manifester pour la première fois depuis trente ans», se réjouit Tagelsir Alamein, ancien leader gréviste, l'université de Khartoum, de multiples manifestations «qui ne parvenaient pas jusqu'alors dépasser le cadre étudiant». En l'absence de presse libre et indépendante, ce père de31ans suit les événements travers les groupes WhatsApp de la communauté soudanaise réfugiée, qui se partage des vidéos venues des quatre coins du pays. On voit des enfants exiger d'avoir accès l'éducation, des imams appeler rejoindre la révolte.

À sa plus grande surprise, des leaders religieux loyaux au régime, et appelant au calme, ont même été chassés de leur mosquée par la foule en colère. Pour Victoria, Cairote depuis près de vingt ans qui a participé aux révolutions égyptienne et libyenne en 2011, cette mobilisation générale est «encore plus populaire que les printemps arabes, et l'islam ne doit pas y jouer un rôle primordial». Si la chute d'Omar el-Béchir reste le principal horizon des manifestants, le mouvement islamiste des Frères musulmans (Front islamique national) est aussi largement critiqué pour sa participation au coup d'Etat...