Togo: aux avant-postes de la guerre contre les jihadistes

Slateafrique - Il y'a 2 semaines  -  Voir source de l'article

Tapis sous un arbre derrière des sacs de riz, citadelle de fortune, une poignée de soldats lourdement armés surveillent en silence les va-et-vient des villageois qui franchissent la frontière entre le Togo et le Burkina Faso pieds ou vélo. Seule une rivière asséchée sépare les deux pays.

Dans les champs, des silhouettes se détachent, courbées vers la terre. Les paysans arrosent les graines de sorgho et de maïs semées avant l'arrivée des premières pluies. Comme si rien, ou presque, n'avait changé Yemboate, dans l'extrême-nord du Togo.

Bientôt, les orages chasseront la poussière de l'harmattan, ce vent du désert qui chaque année, déferle vers les côtes ouest-africaines et rend l'atmosphère irrespirable.

Difficile d'imaginer qu' moins de 30 kilomètres de l, juste de l'autre côté de la frontière, dans l'est du Burkina Faso, les jihadistes et les milices font régner leur loi. Que la violence est devenue quotidienne. Et que les policiers, médecins ou enseignants qui n'ont pas fui sont traqués, assassinés.

"Quand j'étais petit, on passait notre temps nager dans la rivière". Accoudé sa bicyclette, une houe suspendue son épaule, Abdoulaye Mossi regarde avec nostalgie le "terrain de jeu" de son enfance: ce cours d'eau qui sépare son paisible village de cases en torchis, Yemboate, du village burkinabè voisin, juste en face.

Désormais, raconte ce cultivateur togolais lors d'un reportage de l'AFP réalisé avant l'épidémie de Covid-19, "c'est la peur qui règne". Paysans et commerçants continuent de circuler entre les deux pays, surtout le mardi, jour de marché, pour aller vendre leurs récoltes ou leur bétail.

"Mais ils ne sont jamais loin. Ils viennent souvent faire réparer leurs motos chez nous. Ils ne vous diront jamais que ce sont des jihadistes, mais nous le savons", murmure Abdoulaye Mossi, dont une partie de la famille vit au Burkina.

Alors les soldats togolais veillent. Checkpoints et patrouilles mobiles se succèdent pour sécuriser les innombrables pistes transfrontalières qui serpentent travers la brousse et qu'il est si facile pour les jihadistes d'emprunter moto en se fondant parmi les civils.

Après la chute de l'ancien président Blaise Compaoré, en 2014, le Burkina a hérité du chaos malien, favorisé par l'effondrement de la Libye. Les groupes jihadistes affiliés Al-Qaïda et au groupe Etat islamique qui y pullulent désormais, menacent de poursuivre leur expansion plus au sud, vers les pays côtiers du golfe de Guinée comme le Togo, le Bénin, le Ghana et la Côte d'Ivoire.

Le Bénin en a déj fait les frais, avec l'enlèvement en mai 2019 de deux touristes français en safari dans le parc de la Pendjari et l'assassinat de leur guide, puis l'attaque armée d'un poste de police mi-février près de la frontière avec le Burkina.

En Côte d'Ivoire, frappée en 2016 par un attentat Grand-Bassam (sud), des éléments jihadistes pourchassés par l'armée burkinabé il y a environ huit mois se sont réfugiés dans les environs du parc national de la Comoé (nord ivoirien) et n'en sont plus repartis.

La pandémie du coronavirus n'a pas fait taire les armes. Au Mali, au Niger et au Burkina, les attaques et affrontements, qui ont atteint un niveau inégalé l'an dernier, continuent de faire de nombreuses victimes.

- Sanctuaires-

Selon plusieurs sources sécuritaires étrangères et locales, de nombreux villages ivoiriens, togolais ou béninois sont déj gangrénés par des cellules dormantes, des prêches qui se radicalisent dans les mosquées et les écoles coraniques.

"La menace terroriste est réelle et la pression très forte (...) nous la ressentons chaque jour un peu plus", affirmait fin février l'AFP le président togolais Faure Gnassingbé, en pleine campagne électorale avant la présidentielle, Dapaong, la grande ville du nord.

Venu en hélicoptère de Lomé, 650 kms au sud, le chef de l'Etat a atterri ce jour-l dans ce qui est devenu une "zone rouge" pour les touristes, missionnaires ou humanitaires étrangers qui sillonnaient la région, jusqu' l'assassinat en février 2019 d'un prêtre espagnol un poste de douanes burkinabé.

Le Togo reste épargné mais son territoire connaît des infiltrations et face la menace grandissante, une course contre la montre lancée pour prévenir...