Congo-Kinshasa: Bonaventure Ndikung - « Ne pas considérer la tradition comme le passé mais comme le présent»

Par Nioni Masela

Commissaire d'exposition, directeur artistique de Savvy Contemporary, le Camerounais Bonaventure Ndinkung était Kinshasa pour le symposium et les ateliers tenus du 6 au 14 avril entre l'Académie des beaux-arts et Kin ArStudio. Dans cet entretien exclusif avec Le Courrier de Kinshasa, il évoque les contours de ces assisses internationales organisées dans le cadre du projet Spinning triangles, Triangles tournoyants.

Peut-on savoir ce que c'est Savvy Contemporary ?

Savvy Contemporary est un espace d'art, un lieu de pensée critique basé Berlin, fondé en 2009. C'est ce que l'on appelle en anglais Side of critical thinking, la pensée critique. C'est un lieu où nous sommes intéressés la performance. Il est géré par trente-quatre personnes qui viennent de partout dans le monde. J'en suis le directeur artistique, mais trente-trois autres personnes y entreprennent des projets différents. Nous travaillons sur une exposition autour du Chiraz art festival.

Un festival de théâtre et de la musique qui s'est fait en Iran de 1966 1977. Il était tellement avant-gardiste qu'il invitait des artistes de partout dans le monde, notamment du Nigeria, de l'Inde, du Congo, Zaïre l'époque, Rwanda, etc. La plupart des gens qui ont fait l'histoire de la musique et de l'art ne connaissent pas ce festival. Nous avons invité un curator qui a fait dix ans de recherches sur ce projet pour une exposition. Nous montons beaucoup de projets différents. Nous invitons beaucoup d'artistes et de penseurs d'Afrique. Savvy Contemporary est un cadre basé Berlin mais qui voyage, ce qui est important pour nous. Voil pourquoi un projet comme Spinning triangles ne pouvait pas se limiter en Allemagne, il fallait étendre la discussion jusqu'ici. Et si ce n'était pas le Congo, ce serait le Cameroun.

Qu'est-ce qui a mené Savvy Contemporary poser ses valises Kinshasa ?

Nous sommes Kinshasa parce que nous voulions faire une conférence, une sorte d'invocation, créer une possibilité de faire venir les gens de Kinshasa et d'ailleurs pour se rencontrer et réfléchir ensemble sur comment nous pouvons vivre ensemble. Et, s'il faut vivre ensemble, l'on doit aussi réfléchir sur les technologies et les outils utiliser pour vivre ensemble parce que c'est cela en fait le design. Le design, ce sont les pièces, les médiums qui peuvent nous aider mieux vivre dans ce monde. C'est bien, par exemple, de manger avec les mains, mais si l'on n'a pas de l'eau propre pour laver les mains chaque fois, l'on aura peut-être manger avec des cuillères, c'est- -dire que l'on devra réfléchir sur comment faire des cuillères.

Le design devient donc quelque chose de fonctionnel, pousse réfléchir sur comment produire les ustensiles ou outils pour mieux exister. C'est une conférence où l'on a invité des gens comme le Malien Cheick Diallo, l'un des meilleurs designers africains, Saki Mufundikwa; le grand graphiste zimbabwéen et professeur dans des universités aux Etats-Unis et en Europe; Dana Whabira, artiste, curatrice zimbabwéenne mais aussi le Roumain Cosmin Costinas directeur de Para Site qui vit Hong...