Maïwenn : une femme sans filtre

News - Le 2020-10-28  -  Voir source de l'article

Dans « ADN », son nouveau film, la mort de son grand-père la ramène en Algérie.

Elle porte une robe longue en mousseline à pois noirs et blancs sous un manteau berbère à rayures. Elle a du panache et du talent. Singulière, entière, animale et imprévisible. Machine de guerre au c...ur blessé, que précède sa réputation d'emmerdeuse. Elle le sait et en rit. « J'ai du caractère et je suis exigeante. Dans ma vie comme dans mon travail, j'ai besoin de m'entourer de gens qui me stimulent et me bousculent. Sinon, je m'ennuie. La personne avec qui je suis le plus difficile, c'est moi-même. » Tout est dit.

Récemment, elle s'est mise à écouter des discours politiques et des grands débats. Elle déplore le langage froid des politiciens engoncés dans leur costume, et trouve les artistes tellement plus efficaces : « Ils apportent de la sensibilité dans leurs messages. Ce sont des éponges, des athlètes de l'humanité. Il faut les écouter. Quand on a la chance d'avoir accès à des micros et à des caméras, c'est notre devoir de s'exprimer. » Gamine, elle était subjuguée par Isabelle Adjani et suivait tout ce qu'elle faisait. Elle n'a jamais oublié le jour où elle s'est mobilisée pour défendre la démocratie en Algérie. ...'aurait pu être le déclic de sa crise identitaire, sujet de son film. Mais, en réalité, il y en a eu plusieurs.

La mort est entrée dans sa vie avec la disparition de Kate Barry, puis de son amie Tony Krantz et de ses grands-parents maternels, ceux qui l'ont construite. C'est surtout le décès de son grand-père adoré, 93 ans, ex-militant du FLN et pilier de sa jeunesse, qui lui a donné envie de creuser vers ses racines. « La meilleure façon pour qu'il reste vivant, c'est que je sois sous son regard. » A Alger, où, à part ses cours de barre au sol, elle vit quasiment comme à Paris, elle retrouve les seules sensations de bien-être liées à son enfance. « L'Algérie m'a soignée du gouffre affectif dans lequel je me trouvais. J'ai pris le passeport algérien car je ressentais profondément la nécessité d'appartenir à ce pays, comme on ressent le besoin de se marier et d'appartenir à l'homme qu'on aime. »

Face à une famille dysfonctionnelle, avec des parents qu'elle qualifie de « toxiques » (père breton d'origine vietnamienne, mère franco-algérienne souvent absente), elle n'a eu ni enfance ni adolescence. Si elle regrette profondément de ne pas avoir fait d'études, elle s'est...