Tchad : Régime présidentiel ou monarchie masquée ?

Afrik - Le 2018-05-09  -  Voir source de l'article

Du 19 au 27 mars 2018, N'Djamena a abrité le forum national inclusif, promesse électorale du président Deby en 2016. Boycotté par plusieurs partis de l'opposition, le forum a permis de formuler des résolutions inattendues provoquant de vives contestations. Suite cela, «Un club d'amis du Président» a fait campagne pour l'adoption d'un régime présidentiel intégral, allant jusqu' supprimer le poste de premier ministre, alors que la possibilité de cette suppression n'était même pas dans les textes servant de bases aux discussions. Après l'adoption de la constitution de la IVe République ce 4 mai, que réserve le passage au régime présidentiel absolu dans ce pays où même le régime semi-présidentiel actuel ne répond pas aux attentes?

L'autre nom du totalitarisme

Si dans certains pays avancés, il existe un régime présidentiel (Etats-Unis), il n'en demeure pas moins que les pouvoirs législatif et judiciaire constituent de véritables contre-pouvoirs permettant de contrôler les actions de l'exécutif. Connaissant les dysfonctionnements institutionnels au Tchad, il est plus que vraisemblable que le pays plonge dans le despotisme absolu. Déj l'ancien régime semi-présidentiel, les institutions contre-pouvoirs n'existaient que de nom. Les membres du conseil constitutionnel, ceux de la cour suprême et du parlement, sont tous des proches de la présidence. Un tel contexte entravait le fonctionnement d'un Etat qui se veut de droit. Avec la nouvelle constitution adoptée le 4 mai, le pays passe d'un régime semi-présidentiel, qui conférait déj beaucoup de pouvoir l'exécutif, un régime présidentiel absolu. C'est l'expression de la volonté du clan Deby qui veut éliminer toutes les autres forces pour instaurer un pouvoir absolu. Avec un tel texte, les effets sont prévisibles et laissent présager l'écroulement des fondements rudimentaires d'un Etat de droit pourtant fortement demandé par les Tchadiens depuis des décennies.

Eliminer toute velléité d'opposition

Rappelons qu'en 2017, l'opposition a fait tanguer la barque de Deby avec une motion de censure contre le gouvernement. Paniqués, les députés de la majorité avaient déserté leurs sièges pour empêcher que le vote de déchéance n'ait lieu. Ce fait, qui peut paraître anodin, a chamboulé le pouvoir de Deby qui croyait avoir le contrôle absolu sur toute la scène politique. Désormais, en instaurant un régime présidentiel absolu, il s'agit...